• Raymonde

L'aventure sans l'aventure #2 - Les favelas

Vous avez des cités construites avec presque rien. Chaque pays a ses bidonvilles, chaque pays leur donne un nom différent. Votre vocabulaire ne s'est donné la peine de retenir que les favelas brésiliennes, appelées ainsi par leurs premiers habitants à cause d'une fleur, la favela, qui poussait sur une colline qui ressemblait à celles de Rio. Origine quelque peu étrange - le nom scientifique de la favela (jatropha) dérive du grec "médecin" et "nourriture" - pour un endroit qui manque singulièrement de nourriture et de docteurs.


Bref. J'ai appris que la visite des favelas cariocas était devenue incontournable, à pieds ou en jeep, au même titre qu'un monument. S'agit-il pour vous de voir "en vrai" la misère, la saleté la cruauté ?


Je ne comprends pas.


Comme avec les requins, que vous allez observer pour constater qu'ils ne sont pas si méchants, les agences touristiques expliquent qu'elles ont créé les favela tours pour montrer (en trois heures) la réalité des favelas dont les habitants travaillent et gagnent leur pain comme tout le monde, pour montrer que la plupart n’ont pas d’armes et ne se droguent pas, ce qui est sans doute vrai. Mais après cette belle justification, ils ajoutent "il est déconseillé de s'y aventurer seul". Et quand certaines d'entres elles poussent leur action pédagogique jusqu'à faire rencontrer aux touristes des chefs de gangs, option facultative augmentant le prix de la visite, je me questionne encore.


Le succès de La Cité de Dieu, un film "violent et beau" a, semble-t-il, boosté la demande. Et les quinze premières minutes du film Hulk, que j'ai vu l'autre soir avec l'ami Rose, se déroulent aussi dans une favela, cachette idéale pour un homme traqué et labyrinthe exceptionnel pour qui aime les courses-poursuites au milieu des pauvres. La violence vous attire. Avec ses flingues, ses hommes dangereux, ses requins, sa jungle.


Je ne comprends pas où ce désir de frisson, de vertige prend racine. Votre vie vous ennuie-t-elle à ce point qu’il vous faille observer son exact opposé et tâter la misère, la mort possible, la peur que vous n'éprouverez jamais ?


J’ai posé la question a Luzerde et Karl, amis de Rose férus d’ailleurs, qui, après moult babils sur la réalité de la télévision à vérifier, disaient-ils, quoiqu’il arrive (ce mot réalité, je ne le comprends plus très bien), ils ont fini par lancer : "Les pauvres sont plus heureux que nous !" (jolie façon que vous avez, toujours, de dénouer la culpabilité).


Que diraient-ils après avoir visité un bidonville danois, où en plus d’être pauvres, les gens ont constamment froid ? Je me demande si un folklore de la misère au soleil n’est pas entrain de germer; linge suspendu caressé par le vent, chaleur torride, musique incessante, bronzage involontaire et vue sur la mer (du haut des collines, quel panorama!), maisons multicolores et pas si inconfortables, cris des enfants, un peu de violence, oui, car l'homme reste homme, vieilles femmes ridées par la vie mais toujours souriantes, etc... Une représentation qui vous rassure car elle permet, en fait, d'éviter la réalité.


Que penserait un favelado après avoir visité ne serait-ce que la ville cossue aux pieds de sa colline, que serait pour lui la réalité des riches ? "Ils sont plus heureux que nous !" dirait-il, sans aucun doute possible.

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